Les Fondeurs neuchâtelois

À ses débuts, vers 1800, la fonderie de cloches de Couvet, dirigée par Charles-Aimé Borle-Borel « artiste fondeur », fit aussi des ornements de pendules, en même temps que des rouleaux d’impression pour indiennes. Les moules qui servaient dans cette fabrication ont été détruits il y a trente ans à peine (première édition du livre 1917). Gustave Petitpierre à Couvet, se souvenait fort bien de les avoir vus, lorsqu’il fut chargé de la liquidation de cette fonderie. »

Les cloches sont à l’horloge d’église ce que la sonnerie d’une pendule est au mouvement ; il importe donc que nous nous arrêtions un instant aussi à leur histoire.
Une fois déjà il a été fait allusion à la plus ancienne cloche mentionnée dans le pays, celle de la Collégiale de Neuchâtel, fondue en 1308, et qui précéda ainsi de près d’un siècle l’horloge établie par la Comtesse Isabelle, qu’elle devait servir. Tous deux souffrirent du terrible incendie qui, en 1450, détruisit le clocher en même temps que presque toute la cité. Divers actes donnent les détails sur les travaux de réfection et de refonte qui eurent lieu dans les années suivantes.

Avec les années, les tours d’églises se sont élevées plus nombreuses dans notre pays ; les communes, au XVIIe siècle surtout, attacheront une importance plus grande à leur clocher; c’est le moment où la plupart d’entre elles l’ont muni d’une horloge et d’un cadran solaire.

En 1464, Jean Raguin de Bayoes fit une cloche pour le moûtier du Locle ; c’est la première que nous rencontrons aux Montagnes neuchâteloises. Valangin en possède une ornée de superbes caractères gothiques portant la même date ; celle de la Tour du Landeron, fort mignonne, est à peu près de la même époque. L’église de St-Blaise eut la sienne en 1479, fondue par Jean-dit-Châtelain, clochetier de Lausanne, et la même année, Auvergnier faisait marcher pour une cloche avec Michel Balelof, bourgeois de Berne.

Avec les années, les tours d’églises se sont élevées plus nombreuses dans notre pays ; les communes, au XVIIème siècle surtout, attacheront une importance plus grande à leur clocher; c’est le moment où la plupart d’entre elles l’ont muni d’une horloge et d’un cadran solaire. Elles tiennent aussi à les doter d’une belle sonnerie. Des documents beaucoup plus nombreux de cette époque nous ont permis de retrouver une partie des « saintiers » Lorrains, Franc-Comtois, Suisses et Neuchâtelois qui travaillèrent chez nous, et parfois de les suivre dans leurs pérégrinations.

Le pays par excellence des anciens fondeurs fut la Lorraine, ou plus exactement la petite province mi-champenois mi-lorraine, qui s’appelait le Bassigny. Chaque année, les saintiers s’en allaient, bissac au dos, pour opérer sur place et rentrer au commencement de la morte-saison, c’est à dire quand le froid empêchait le moulage en plein vent ; dans le Jura neuchâtelois, nous les rencontrons au commencement du XVIème siècle.

Plus près de nous, les Franc-Comtois laissèrent dans le pays des traces nombreuses.
Morteau, Pontarlier, Derrière-le-Mont et Besançon furent les localités où nos communes
allèrent chercher pendant longtemps les fondeurs de leurs cloches. Des familles de saintiers jouissant d’une belle réputation y sont établies, tels les Bournez, de Morteau, les Lievremont, de Pontarlier, et les Damez, de Derrière-le-Mont. Le nombre de cloches qu’ils ont signées est considérable.

Les fondeurs de cloche étaient assez nombreux dans les cantons suisses au XIVème et XVème siècle. La concurrence des Lorrains d’abord, celle des Franc-Comtois ensuite les fit écarter et c’est à peine si, de temps à autre, on rencontre une cloche signée par l’un d’eux. Notre canton même a compté une quinzaine de fondeurs de cloches (au total, nous avons rencontré les noms d’une cinquantaine de fondeurs ayant travaillé dans le Pays de Neuchâtel) parmi lesquels des maîtres de quelque importance et qui se firent connaître au delà des frontières neuchâteloises.

Les spécimens qui existent encore, à Fenin, par exemple, montrent qu’ils étaient très habiles dans leur art ; leurs décorations qui consistent surtout en guirlande de fruits est sobre et de bon goût.

Les Guillebert, originaire de Champagne et natifs de Genève, semblent s’être établis à Neuchâtel vers 1680. Cette famille compta plusieurs fondeurs de cloches. Deux d’entre eux Jean-Henry et Jacques firent, en 1726, avec Pierre-Isaac Meuron une des cloches de la cathédrale de Lausanne. Ce Pierre de Meuron-dit-Banderet était notaire en même temps que fondeur de cloches. Nous n’avons pas trouvé moins de treize mentions de cloches faites par lui et par son fils, presque toutes dans le canton. Ils en livrèrent aussi dans le Pays de Vaud. Les spécimens qui existent encore, à Fenin, par exemple, montrent qu’ils étaient très habiles dans leur art ; leurs décorations qui consistent surtout en guirlande de fruits est sobre et de bon goût. Les Meuron fondaient aussi, nous le verrons des « timbres d’horloge ». Dans la première moitié du XIXème siècle l’on comptait trois fonderies de cloches appartenant à des Neuchâtelois ; celle des Borle-Borel, à Couvet des Humbert, à Morteau et à Cernier, et enfin celle de Louis-Constant Perrenoud, à La Chaux –de-Fonds.

Charles-Aimé Borle, allié Borel, qui s’intitule dans ses lettres « artiste fondeur », fut en effet un maître très habile. Parmi les douze cloches sorties de sa fonderie, que nous avons retrouvées dans le canton, il en est de très réussies, ainsi celle d’Auvergnier, ornée de jolis motifs fleuronnés.
Les Humbert, fondeurs de cloches, appartiennent à la fois à l’histoire économique de Morteau et à celle de notre canton. La fonderie de François Humbert fils brûla en 1860. Ce maître possédant déjà en ce moment une petite succursale à Cernier, il vint s’y installer, mais en 1862 déjà, il retournait à Morteau où son établissement fut de nouveau détruit de fond en comble par un incendie dix ans plus tard.

Louis-Constant Perrenoud (1806-1881) eut un atelier beaucoup plus modeste. Il s’établit à La Chaux-de-Fonds, dans la maison du Café montagnard situé sur la place des Victoires, démoli il y a quelques années. Perrenoud apprit par lui-même à fondre des cloches et construisit ses moules aux Cornes-Morel. Plus tard, il organisa dans ce but une annexe située derrière sa maison. Intelligent, actif et persévérant, il devint un maître expert. Vers 1870, vieux et fatigué, il ferma son atelier. François Humbert fils et Louis-Constant Perrenoud furent les derniers fondeurs de cloches neuchâtelois.

Actuellement, deux fondeurs suisses se partagent les faveurs des Neuchâtelois, ce sont : H. Ruetschi, à Aarau, et Charles Arnoux à Estavayer ; ce dernier est un ancien contre-maître de François Humbert. »

Extraits de « LA PENDULERIE NEUCHATELOISE », par Alfred Chapuis
(première édition du livre 1917)

Laissez un commentaire

Navigate