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Mémoire

Bergers et troupeaux suisses dans le Jura français

24 août 2026 · 7 min de lecture · Tu te souviens

L’histoire des troupeaux suisses dans le Jura français, ou l’origine du pacage franco-suisse, selon Paul Hugger et son livre Le Jura vaudois, la vie à l’alpage, Éditions 24 heures, 1975.

La couverture du livre de Paul Hugger, Le Jura vaudois, la vie à l'alpage

Paul Hugger, Le Jura vaudois, la vie à l’alpage, Éditions 24 heures, 1975.

La migration du bétail par-delà la frontière atteint dans le Jura vaudois une ampleur exceptionnelle pour la Suisse. Seul le Valais, en bordure de la Haute-Savoie, connaît encore un phénomène comparable quoique beaucoup plus réduit.

La zone française ouverte aux troupeaux suisses s’étend de la chaîne du Crêt de la Neige au sud de Pontarlier, et ne doit jamais pénétrer de plus de 10 km à l’intérieur du pays.

Origines historiques

Les frontières dans cette partie du Jura ont toujours été relatives. Depuis la colonisation au Moyen Age, tant du côté suisse que français, les domaines ont empiété sur le territoire étranger, et ceci particulièrement dans le Jura neuchâtelois.

En 1778, une enquête des autorités locales révéla que les Neuchâtelois possédaient 400 ha sur le sol français et les voisins de Franche-Comté 1000 ha en territoire neuchâtelois. Les possessions s’effritèrent de plus en plus du fait des difficultés d’exploitation en temps de guerre. L’administration moderne, qui complique les échanges internationaux et embrouille ses propres citoyens dans son dédale de prescriptions, a contribué pour sa part à cette évolution.

A l’inverse, la migration estivale s’est développée. Bien que les frontières jouent actuellement un rôle économique plus grand que par le passé, l’exploitation de pâturages à l’étranger a pris une ampleur qu’on ne connaissait pas jadis.

Nous comprendrons mieux cette évolution en jetant un regard sur l’histoire du peuplement et ses vicissitudes. Au XIVè siècle déjà des villages se créent dans les vallées fluviales de la région. Les hauteurs boisées, elles, ne se peuplent vraisemblablement qu’au XVIè siècle ; fermes et chalets d’alpages s’implantent çà et là. Au XVIIIè siècle, une forte poussée démographique fait disparaître de nombreux chalets au profit de fermes habitées toute l’année. Dans le dernier quart du XIXè siècle, une régression s’amorce. Les hauts commencent à se dépeupler et les fermes abandonnées sont utilisées comme chalets d’alpage. Mais vers 1880, on trouve encore dans le Risoud un habitat permanent jusqu’aux crêtes frontières. Les gens y vivaient en partie de contrebande et de délits forestiers. Dans le canton de Mouthe, l’habitat permanent a reculé de nouveau jusqu’à la vallée principale. Quelques fermes subsistent encore sur les premiers versants, près de La Chapelle des Bois.

Pendant des siècles, la fabrication de grosses meules de « vachelin », fromage à pâte dure, constitue la principale ressource de la population. Comme les pâturages d’été contenaient plus de vaches qu’il n’était possible d’affourager durant l’hiver, les gens louaient du bétail pour l’estivage. Dès le XVIIè siècle, et plus encore au XVIIIè, une grande partie des vaches louées viennent de la Suisse. Par exemple à Mouthe, en 1791, près de 40% du bétail estivé appartient alors à des gens du voisinage, en particulier à des Suisses, auxquels on paie souvent un prix de location presque égal au produit du lait.

Mais on y est bien obligé pour fabriquer dans les chalets ces grosses meules de fromage demandées dans le commerce. Les paysans français viennent chercher les vaches jusque dans le Plateau vaudois où de nombreux agriculteurs sont contents de pouvoir donner leurs bêtes pendant l’été. Même des vaches fribourgeoises traversent le Pays de Vaud pour aller estiver sur sol français. C’est ce qui ressort d’un décret du gouvernement bernois, de 1765, lequel réitère l’autorisation de passage. En 1812, le département limitrophe du Doubs reçoit en location 2 600 vaches helvétiques au prix de 30 à 32 francs par tête et en sus 10 kg de beurre. Les paysans suisses touchèrent ainsi 117 000 francs. Par ailleurs, les bêtes rapportèrent en gros 274 000 francs sous forme de fromage (2600 quintaux) et de beurre (468 quintaux), ce qui donne un excédent de 157 000 francs au profit des montagnards français. Au cours du XIXè siècle les prix de location montent en flèche pour atteindre de 60 à 75 francs vers 1900.

Mais dans le même temps s’amorce un changement fondamental. Les paysans du Plateau prennent de plus en plus l’initiative. Comment expliquer ce revirement ?

Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte : la population limitrophe du Jura français diminue ; un nombre croissant d’alpages passe, souvent par voie d’héritage, à des Français résidant au loin ; la fabrication du fromage dans les chalets perd de son importance puisqu’elle rapporte moins. D’autre part le cheptel du Gros-de-Vaud augmente grâce à une agriculture modernisée et dynamique. Plutôt que de produire du fromage et d’entretenir des installations nécessaires à cette entreprise exigeante, les propriétaires français qui demeurent au loin préfèrent prendre en pension du jeune bétail, ce qui leur assure des profits plus rapides que le commerce de fromager avec tous ses risques.

Dès la fin du XIXè siècle, des Suisses amodient des pâturages dans le Jura français. Leurs propriétaires, pour la plupart, ne vivaient plus dans la région et cette solution les déchargeait du souci de leur exploitation. De plus l’offre des Suisses était avantageuse. Le mouvement s’intensifie après la première guerre mondiale, du fait de la disparité monétaire qui permet aux paysans vaudois de faire des offres plus élevées que les Français. Ainsi donc la situation s’est totalement renversée : les paysans du Jura français ne viennent plus chercher du bétail dans le Gros-de-Vaud ; ce sont maintenant les Suisses qui conduisent chaque été des troupeaux considérables dans les pâturages amodiés.

Pendant la seconde guerre mondiale, la migration est moins importante, mais elle ne se poursuit pas moins normalement lors même que les échanges économiques entre les deux pays ont cessé, ce qui constitue vraiment un fait remarquable. A l’heure actuelle (années 1970) le mouvement ne s’effectue plus que dans un sens : seuls les Suisses se déplacent encore. Les fermages qu’ils ont payés en 1949 pour des pâturages français se montent en gros à 40 millions de francs.

Fondements juridiques du pacage dans les zones frontalières

Deux constatations s’imposent : les bases juridiques présentent des lacunes ; et ce qui, à l’origine, était conçu dans l’intérêt des deux communautés et devait faciliter les échanges de marchandises, a tourné au cours de ce siècle (XXè) à l’avantage unilatéral des Suisses en ce qui concerne les pacages.

Le plus ancien fondement juridique sur lequel repose la migration est l’accord international du 23 février 1882, qui exempte pour la première fois de douane les produits agricoles provenant d’une zone large de 10 km de part et d’autre de la frontière. Les troupeaux bénéficient aussi de cette franchise dans les limites fixées. Certaines modalités sont précisées ultérieurement dans l’accord du 23 octobre 1912. La réglementation en vigueur remonte au 31 janvier 1938, lorsque les deux états ratifièrent la « Convention franco-suisse sur les zones frontalières ».

Celle-ci confirme pour l’essentiel les accords antérieurs, mais ne contient plus de mention expresse de la migration. De nos jours on ne sait plus très bien si l’on peut y admettre les animaux des régions situées à plus de 10 km de la frontière.

Extraits du chapitre 23, pages 228 à 230.

Une cloche partie sur France ?

Pierre Chanis de Chable, près d’Estavayer dans la Broye fribourgeoise, a-t-il commandé une cloche au fondeur Charnaux aux Hôpitaux, à la fin du 18ᵉ ou au début du 19ᵉ siècle, lorsqu’il accompagnait son troupeau sur France ? À l’époque il n’y avait qu’un seul Hôpitaux, ni Neufs ni Vieux.

La cloche, inscription PIERRE CHANIS DE CHABLE et coquille Saint-Jacques
L’inscription DE CHABLE et la coquille Saint-Jacques.
La cloche, inscription CHARNAUX AUX HOPITAUX
Le nom du fondeur, CHARNAUX AUX HOPITAUX.
La cloche, inscription PIERRE CHANIS
Et celui du commanditaire, PIERRE CHANIS.

Le motif de la coquille se retrouve sur une autre cloche de Charnaux de la collection.

Le pacage franco-suisse sur ce site

Ce que Paul Hugger décrivait en 1975 se poursuit chaque année. Le site en suit les étapes depuis 2017, pour la section de Vallorbe :

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