Chronique d’une année particulière
L’histoire du monde paysan ces douze derniers mois et ses effets sur les Sonnailles 2026, par Olivier Grandjean.

Jeudi 20 novembre 2025, je ne m’attendais pas à vivre cette désalpe inaccoutumée à travers le Risoud enneigé par 10 cm de neige tombée la nuit. Une descente de 100 génisses ensennaillées rapatriées précipitamment après cette quarantaine liée à la dermatose outre frontière. Une symphonie forestière et pastorale jamais vécue.
On avait passé le chasse-neige en vitesse pour réduire les risques de glissade, les paysans étaient venus en renfort des propriétaires, les amis du samedi travaillaient. Il fallait agir vite !
Traverser le village n’amenait pas cette musique joyeuse mais la préoccupation de l’évènement. Les génisses s’en allaient rejoindre les parcs recouverts de neige les traversant de long en large en attendant d’être mises à crèche pour l’hiver.
Puis février 2026 arriva avec son lot de mauvaises nouvelles : interdiction de l’office des affaires vétérinaires d’alper le bétail bovin suisse sur France toujours pour cause de dermatose, aucune exception possible, vacciné ou pas ! 2026 pas de liste des montées du pacage franco-suisse.
6 000 animaux furent privés d’estivage en France. Il fallut rechercher de nouveaux pâturages, éclater et diviser les troupeaux, envisager des transports longs et coûteux trois mois avant la montée. 260 exploitations agricoles firent face à ce défi.
La saison s’annonçait chaude, les mois de juin à août furent caniculaires.
A mi-juillet, un virus de type orthobunyavirus s’attaque aux vaches suisses avec pour conséquences diarrhée, perte d’appétit, baisse de production laitière, risques pour la reproduction, ceci durant quelques jours et quelques cas de mortalité. Un nouveau coup dur mais maîtrisé avec des pertes inévitables.
Puis toujours les canicules, la sécheresse, sans repousse dans les prairies jaunies, les vaches sont mises à crèche pendant deux mois et consomment le fourrage prévu pour l’hiver. Les réserves disparaissent, impossible d’importer du fourrage de France par décision préfectorale, les agriculteurs français subissent les mêmes problèmes. Il faut charrier de l’eau, la consommation journalière par vache peut s’élever à plus de 130 litres.
Fin août, certains alpages sont déserts, le bétail est redescendu en plaine. Affourager les vaches avec du foin de chaque côté de la route n’est pas une solution. Seuls quelques veaux restent à l’écurie. Un grand silence s’installe dans le Haut Jura.
Les troupeaux sont réduits en nombre, l’élimination des bovins se poursuit par manque de fourrage. Les productions laitières chutent, le compte courant va être chahuté ces prochains mois. Quelques mesures sont prises au niveau du Conseil fédéral pour atténuer ces difficultés.
On oublia de parler du loup et des meutes !
En plaine, les conséquences sont similaires : destruction des champs de betterave sans espoir de récolte, récolte de pommes de terre hors calibre pour lesquelles la croissance a été stoppée par des températures extrêmes, des maïs rase-motte, indice malheureux d’un manque de fourrage complémentaire pour l’hiver.
Les vignerons récoltent très tôt des grappes aux petits raisins mais aux sondages excellents, heureusement la météo a permis de réduire le nombre de traitements. Toutefois l’arrachage des vignes faute de consommation de vins du pays est sur toutes les lèvres.
Quelques apiculteurs découvrent dans les ruches un miel tardif et abondant. On attend les champignons.
Les effets sur les Sonnailles 2026 à Romainmôtier
Cette année pas de raclette, la famille de Valeyres n’a pas eu de production de fromage à racler. Il y aura de la fondue, des vacherins et de nombreuses découvertes fromagères.
Un seul passage de troupeaux est prévu grâce à un jeune paysan et ses amis passionnés.
On regardera les vaches du syndic au contour de la Chenalette.
La plupart des troupeaux sont déjà en plaine depuis quelques semaines et le cœur n’est pas à la parade.
En 1998, les Sonnailles ont été pensées comme une foire aux vins, une foire aux fromages, une fête de la musique et la fête des rencontres. Cet esprit continue malgré les aléas de la météorologie et des virus.
Les paysans, vignerons, cultivateurs, producteurs de fruits et légumes, fromagers et autres artisans de l’alimentation sont toujours présents pour vous proposer le fruit de leur travail et leurs créations.
Et même si les pommes et les poires sont plus petites, leurs saveurs en est accrue et il y en aura plus dans un kilo.
En participant aux Sonnailles et en soutenant les filières de vente directe vous encouragez ces femmes et ces hommes qui jour après jour travaillent pour approvisionner notre pays et pour le plus grand bonheur de nos papilles.
Une rencontre entre producteurs et consommateurs, est incontournable pour comprendre les défis et les contingences au quotidien. Une occasion de prendre rendez-vous pour d’autres achats et mieux se connaître.
Les Sonnailles 2026, septembre 2026. Olivier Grandjean
Photo Olivier Grandjean, illustrations Julian Willis



